JOURNAL D'ÉMOIS

vendredi 15 août 2008

Les sept merveilles de leur monde

Photo par Yuri Bonder


Le curé qui sonnait la cloche. La nonne qui répondait en arrivant. Le grand-papa tournevis, la grand-maman poèmes. Des voisins vieux, qu’on voisinait comme une famille. Le père concepteur, pour qui Noël semblait, qu’il neige qu’il grêle ou non, idéal pour la parfaite mise en scène d’un nouveau drame dédié à ses sept merveilles mises au monde. Quatre des sept merveilles réfugiées sous la table derrière un masque. Un piano. Une maman qui attend de cesser de tendre l’autre joue, refuse la chaleur forte du tendre, plus aisément, plus souvent, plus longtemps, puis plus encore. C’est comme ça qu’une caresse devient menace, comme ça qu’un je t’aime assomme et ennui.

Le curé qui sonnait la cloche pour recevoir les douceurs de la nonne. Aimait plus la vivre la vie, que de l’interpréter en chaire, debout sur ses os. La nonne douce, la nonne ronde, qui aimait les crêpes fraîches et la musique de gorge sans orgue. Le grand-papa d’emprunt, qui prêtait des tournevis qui ne revenaient pas et sa douce, grand-maman fabriquée, figure de famille empruntée, qui inventait semble-t-il, des rimes à lire sur le ventre. Un piano. Une seule touche blanche qui faussait. Le père concepteur, ses Noël et ses carêmes imposés, son mépris mal viré, ses tant d’anniversaires soulignés de niet et de nô. L’histoire ne le dira pas, mais on aimera se passer de lui dans celle-ci, maintenant. La maman décaressée enlève Noël à la pelle, profite des anniversaires pour se terrer sous la couette ou, plus au fond, dans l’invitant confort d’un sofa une place seulement. Comme la menace est ignorée, tous les je t’aime des sept merveilles de son monde peuvent bien se passer d’elle, enfin. L’ennui ne pèse rien et personne n’assomme plus ni la première, ni l’autre joue.



Le curé, sonneur de rire grands, qui pêchait plus longuement qu’il ne prêchait. Dorés, brochettes d’appâts au bout d’un fil couleur d’eau, leurres de plomb bien alignés, bands de perchaudes, truites à griller. L’autel pouvait attendre, puisque prêcher en chaire sur ses os, n’évitait aucun péché. La nonne ronde au ventre chaud, disposée aux ludiques propositions, la nonne femme pour qui la cloche faisait « ô Pavlov j’arrive ». Le grand-papa inventé pour la cause, voisin voisiné, pour qui le tournevis était –prétexte- et sa douce… grand-maman joie, aux poèmes de route à brouter sur le bord du rang de l’Épinette. Un piano qui sert d’exutoire à l'une des sept merveilles de leur monde. Un piano noir. Le père concepteur tu, l’histoire efface son visage au regard qui penche vers le sol, le fait disparaître dans un alinéa géant, l’enferme dans des parenthèses desquelles sortir, risquerait de le coucher sur la voie, le poing à la finale, sous le lampadaire jaune flavescent de la rue principale en avant. Une maman. Une maman décaressée. Une maman forte sous la pression des assez. Elle enlève maintenant mains tenantes, la neige, et Noël, les carêmes et les anniversaires -à la pelle-. Dehors. Ouste ! Ô ouste hourra ! La vie ne pèse rien et les personnes qui passent ou reviennent n’assomment plus ni la première ni la dernière foi. C’est comme ça qu’une menace s’appelle caresse, comme ça qu’un je t’aime assomme l’envie.



Des gamins tout athées tout contents qui boutonnaient religieusement quatre-vingt boutons de soutane pour quelques sous dans la poche. Souffler les cierges blancs et mauves, apporter le vin de messe et servir l’oliban fumant au curé près de l’autel. Le curé sonneur de cloches, obligé de temps en temps, de fournir un sacrement pour ses brebis ensommeillées. Parmi eux, l’une des sept merveilles du père concepteur et de la maman aux joies débordées du visage. L’une de ces sept merveilles, un garçon tout athée tout contenté, qui, caché sous la table avec un masque sur le visage, pensait à l’hameçon sur son cœur qui commençait à se décrocher. Rêvait… sans dormir bien dur, aux sorties de pêche sans souci avec le gentil curé sonneur de cloches qui aimait la nonne femme ronde toute bonne, imaginait les rimes des poèmes de la voisine la grand-maman fabriquée et, bien sûr, toujours caché sous la table avec son masque et trois de ses frères merveilles…à l’homme aux yeux pleins d’étoiles, le grand-papa prêteur de tournevis. La maman essuyait les déceptions avec un torchon bleu et les autres merveilles de ce monde n’arrivaient pas à poursuivre les histoires tordues du père concepteur de drames quotidiens.



Pour lui, ce garçon tout athée tout empiannoté de musiques salvatrices, une maison est facilement jetable, tout, tout ce qu’il y a dedans, les bricoles, les babioles, les meubles les draps les taies, les bougies d’allumage les tournevis les fourchettes et les lampes de chevet, les bribes de ce qu’il n’y aura pas eu à inviter, tout autant. Départs rapides et grosse liberté car les il faut sonnent la fin de la faim, comme ces deux mots-là pour lesquels la maman refuse de s’attendrir. De toute façon, chaque retour est trop précoce. Alors il cherche un passeport, un douanier pour l’étamper et file encore, là où c’est bon, ces longs silences de paix. Pour la quatrième des sept merveilles de ces gens-là, une aquarelle anglaise s’explique peu, par bonheur, et une tache d’huile sous la voiture d’une fille sans frein à bras qui file à l’anglaise veut dire des choses, qu’il ne dira pas. Avec lui, on peut faire des poèmes à lire sur le dos, avec un électrocardiogramme branché sur la musique de Bach. Pour lui, le tue-tête seul est bien mieux qu’un entête à un casse-tête pour plus de deux. Intéressante petite merveille du monde de Témiscamingue…


Mais, ce n’est pas lui qui volait les tournevis du grand-papa d’emprunt. Témoin oculaire seulement.

12 commentaires:

Nina louVe a dit…

Merci à Tristan Rêveur pour les échos au texte qui naissait.

aloredelam a dit…

j'ai vraiment envie de lire la suite de l'histoire , on ne respire plus de peur que cesse cette beauté gestatoire, quelle énorme mouvement de confiance comme un océan , tous les poils revêches et rebelles de la louve se dressent et content ... d'ailleurs je ressens la même chose ; ce changement je le sens profond et d'une grande épaisseur sans que la fantaisie ni le libertaire ni perde ! je t'envie ça ; mais j'y viens
L

Tristan Rêveur a dit…

Halala... Dure dure la vie sous le joug d'une Louve.. :)

Nina louVe a dit…

Aloredelam: Ô, une suite à cette histoire ? Je ne crois pas, mais rassure-toi, oui la fin du purgagestatoire de ce long hiver est arrivé. L'ourse qui a vu l'ours qui hibernait, tire plus vite que l'ombre ne mange le soleil de midi et, de gésir sous le givre se lassa enfin.

Tu as raison Lam, les grands silences préparent de véritables changements, profonds.

Merci d'avoir accepté l'invitation à me lire, même si j'ai même négligé de te saluer de temps en temps, pendant cette période jachère ou, cher, je causais bien peu. (sourires)

Tristan: Tss! Pas sous le joug, sous le soupire d'un doute tout doux.

denis_m a dit…

Heureux de te relire, tu nous a manqué !!!!
Un petit message d'amitiés, pour te dire que j'ai mis en route mon blog musique... enfin, après ce long hiver... Et que je poste des vidéos régulièrement sur dailymotion. http://www.dailymotion.com/video/x6bqvg_le-sudnino

Et surtout, je suis en train de terminer un clip du saboteur ! Oui, oui, je t'y attend.
Bises.

Anonyme a dit…

En matière de création littéraire sur le net, tu es loin devant beaucoup, beaucoup d'autres. Je ne flagorne pas, j'étale mon plaisir de lecteur. Je taillerais bien quelques petites facilités par (rares) endroits, cela dit pour faire le vaniteux face à un texte qui m'en impose, et au risque de la réplique : "Taille-toi t'ailleurs !"

Butineur

Nina louVe a dit…

Denis_M: message reçu, j'irai ouïr et voir tout ça.

Butineur, quelle belle surprise.
Venant de vous, le compliment est d'autant plus précieux. Merci.

Lubna a dit…

cette mère tout refus me conte l'histoire des mes merveilles mis en cage
besos dame hurlante
lub ale coeur à l'encre mais la muse est à l'étal

Nina louVe a dit…

Bella Lubna,

ô ces muses qui nous noient dans le sable ou nous assèchent sur la grève… Relevez l’ancre, pointez le stylo vers l’Ouest et à l’étal laissez le sang devenir sens.

Tant qu’aux merveilles, les vôtres tant précieuses, la clé de cette cage n’est-elle point dans votre ventre ? Désembastillez-la par quelques souffles, chez vous, là à vos pieds, la mer que vous me décrivez si forte et si belle saura la rendre, l’offrir à des épaves bien équipés. Celles-ci ont tant de temps à panser, qu’elles sauront certes s’en départir et la jeter dans l’emblavure la plus fertile. Qui sait ce qu’une semence de fer, une clé de cage, donne à la fin de l’hivernage.

tendresse et sourires

Chris a dit…

Arf. Je l'attendais la fin de l'hiver, il a pris ses aises jusqu'au trois-quart de l'été...Quel plaisir ta plume, ta voix, ton Toi unique. J'espère que tu es revenue pour de bon.

Je t'embrasse

Nina louVe a dit…

Chris, dame valombreuse, sororale rencontre toute en pixels et en clavier...

Vous avais écrit un mot pour votre anniversaire, il y a de ça, quelques mois. Peut-être aurai-je utilisé une adresse désuète. Soit, que ces voeux que je vous offrais durent donc tout le long du temps que vous voudrez.

Certains silences, de neige ou de grêle, ceux des étés tout autant, certains silences... ont la patience de nous enseigner à cultiver l'appétit et l'émerveillement.

Oui, me voilà donc emplie d'instinct, suffisamment pour un autre bout de route.

Voici pour vous chère dame, le son tout frais sorti d'hier. Les images viendront aussi car je suis à capter des images et m'amuserai au montage très bientôt.

carOlinade a dit…

c'est bô !!!!!!!!! j'attendais le calme autour pour te lire dans cette merveille de texte !
Bises d'outre-mer.