JOURNAL D'ÉMOIS

samedi 30 décembre 2006

SEPT à table


























"Songe de louVe" par Sylvain Gougeon, pastel sec sur papier


Elles étaient sept à table. C’était l’automne et la pluie battait la cadence sur le toit de tôle. Tôle grise et rousse, bosselée, cornée comme un livre refermé sur le liseur. Dehors, concert rural de grillons mâles, en fa majeur ! 

Opus étrange de brume mouillée. Éclairs en vue.

Orchestre discordant, dissonant. 

Chœur affolé, criard, plaintif, discontinu. Signé et mis en scène par les geais bleus face aux félins rôdeurs sous les cèdres. 

Insectes mourants dans la lumière d’une lampe à l’huile. 
Moustiques, cigales, énormes frelons. 

Douleur. Piqûre qui perdure.

Tonnerre qui jase. Tonnerre qui, brute brut, interrompt la science 
du silence.

Même les animaux iraient se cacher

Même le souper de fête se débaptiserait de son titre d’amuseur.

Sept femmes, assises debout dansant faisant ces grands gestes de joie. 
Armées de fourchettes, dégorgées des devoirs, bien, 
à l’abri de ce déluge automnal.

À chaque bourrasque, un très vieux chêne racoleur frôlait 
comme intrus la vitre du salon. 

Ça les amusait d’imaginer qu’un revenant les espionnait pendant qu’elles découpaient l’animal dans l’assiette. La nuit s’en venait leur dire des secrets catastrophe. L’indicible parlerait. Mais ça, elles ne le savaient pas. Ni déjà ni encore…

Sept belles assises jouant à trinquer. Brindar ! Şerefe! AUF Ihre Gesundheit!! 
Pourtant, je vous assure, il n’y avait pas plus vrai que leurs sourires.

Qui est le monstre ? L’oubli ou le si lent souvenir…
Un simple rendez-vous gastronomique affectueux, où délices de dire s’emmêlent avec les sucs salés des viandes rôties.

Elles saignent encore ! Du vin pour toutes. De l’eau dehors de l’eau dedans.
Une pluie, un orage, une montagne sous néon ciel.

Sept femmes armées, aimées, aimantes, jolies mères, ex-filles, là, ensemble, réunies par l’amitié, vivantes et vraies.

À table encore dit l’hôte ! Passons joyeusement aux aveux. Puisque nous avons mangé toute la viande et les fromages. Qu’il reste le dessert.

Un café, un thé ? Bon. Puisqu’il est bon de se connaître plus et que la plupart des bouches sont pleines. Puisque de ce cas, de ce sujet grave nous n’avons jamais discuté…


Toi M, svp, parle la première.

Moi ? (silence) Euh… Oui.Quoi !!!! Non. Pas ça. Pas ça pour toi. C’est horrible !
Qui !? Toi… aussi ?
Toi ?
Toi ?
Toi!!??
T..oi ?

Une seule, juste –une- de ces femmes à table n’avait jamais été violée ou abusée durant son enfance, disait-elle. 


Disait-elle...

31 commentaires:

superk a dit...

Ça me rappelle le film Elles étaient 5 de Ghislaine Côté.

Rough.

Nina Louve a dit...

Pas vu. Ce texte est le "Reality Choc" d'un souper de filles.

gmc a dit...

il existe d'autre reality chocs que les regards évitent sciemment, notamment tous ceux qui remettent en cause les dogmes établis et la pensée unique qui règne en ce domaine très particulier.
"où se crée la violence?" et "qui la crée?" sont des questions que quasi personne ne veut regarder. les faits qui en découlent, quels qu'ils soient, ne sont malheureusement que conséquences logiques et symptômes: véhiculer l'apparence des symptômes ne sert en aucun cas à traiter le mal. au contraire, il l'amplifie de par la teneur en omissions de l'énoncé des faits.
(ce commentaire est strictement neutre)

objectif-plume a dit...

j'aime bien ta façon d'écrire.
j'ai adoré cette peinture. superbe

Nina Louve a dit...

Tourneur de pages: Si vous passez par ici, j'aimerais bien partager un muscat de rivesaltes avant LE GRAND SILENCE, de Philip Gröning au Cinéma Parallèle.

au plaisir renouvelé

En même temps, je me renseignerai à savoir comment vont vos quinze minutes...

Nina Louve a dit...

D'zolée lectrices et passants j'ai fucké mon blogue en tentant des manoeuvres qui, semblet-t-il dépassent ma compétence.

Jack a dit...

Rassure-toi, tu es toujours visible, mais tu devras ajuster ton standard d'affichage.

lynn a dit...

Nina, je passe par ici pour te souhaiter de Joyeuses Fêtes avec mes meilleurs voeux.
Excellente soirée
Lynn

Chris a dit...

Bonsoir Nina

Je venais déposer dans votre espace quelques voeux plein d'amitié, et je découvre ce texte.

Ma fille a onze ans, petite femme en devenir, le corps qui pousse, et la peur qui monte de mon ventre jusqu'à ma tête. Je lui ai inculqué des règles de sécurité, de vigilance, parfois cela peut faire la différence. Mais ainsi que le raconte votre histoire, qui se méfie du frère, de l'oncle, du grand-père...


Nina je vous adresse mes plus douces et amicales pensées, et voeux pour cette année qui va naître ce soir, je la souhaite pour vous à l'image de Cuba: multicolore et parfumée.

Tendresse brute du Fauve

el greco a dit...

Viol à l'aube 2007?
Sommes nous encore à ce stade barbare de viols familiaux, dans des pays dits occidentaux?
Caramba! Carambita!

Seul l'Amour vaincra

Heureux 2007, avec AMOUR et SANTE

gmc a dit...

SEMENCE DE SILENCE

Le grand silence est terreau d'expression
D'un jour au-delà d'hallucinations

Il est saveur sans objet perturbé
Arôme à la splendeur de nouveau-né

Le grand silence est intuition sensible
Manifestation libre d'indicible

Surfant sur les galaxies océanes
Dans la caresse des fils nus d'Ariane

L'émulsion du grand silence est foison
Semence épanouie d'absolution

Cergie a dit...

Nina Louve apparemment votre problème de blog c'est juste la couleur du texte il faut que vous arrangiez ça en mettant une couleur claire, du blanc ce serait très lisible

Bon courage, amie !
Vous allez retrousser vos manches et tout va s'arranger

Poetic Gladiator a dit...

Que de lumières vous tirez du fond de ce sombre creuset. Oui il faut dire, mais tout dire … Pouvoir libérer la parole et s'exprimer sans entraves. En sens inverse, un enfant mâle victime de semblable violence se taira encore et toujours. Dans mon très proche entourage, deux hommes en furent victimes autrefois. Suite à cela, l'un sombra dans la drogue. Très jeune. Il y est encore. L'autre a mis très longtemps à s'en remettre. Dans les deux cas, ce fut la tante. J'espère qu'un jour cessera la loi de l'omerta et le rire gras entendu trop souvent quand on parle de ce genre de choses … En attendant, laissez moi vous dire le trouble émotionnel qu'engendrent en moi les vertiges de votre écriture et vous souhaiter le plus vif, le plus vrai, pour cette année et pour les autres.

Cergie a dit...

et bien cela ne s'est pas arrangé, nina louve !

Pour te consoler, le MIMOSA promis, clique sur le lien
Bonne journée à venir !

Delphinium a dit...

Bonjour Nina, je suis de retour. Votre texte m'a fait tressaillir. Une douleur, là tout au fond, insondable, innomable...
Le pardon existe-t-il?

Jack a dit...

Test, 1,2,3..

superk a dit...

hÉrOs GaZoLiNe SaVeS dA dAy :)

Nina Louve a dit...

hÉrOs GaZoLiNe: Thank's for the save. I am not a queen but you saved me from the shave!

Nina Louve a dit...

Poetic galdiator: Précieux complice... Belle âme va !

P. P. Lemoqeur a dit...

Elles étaient sept sauf une...
et pas de haine visible, enfin pas de haine par vous exprimée.
Une sorte de "Bienvenue au club!"... Toi aussi ? moi aussi ! ... Et celle qui avait été épargnée, ( je ne vous demande pas laquelle ) qu'est ce qu'elle ressentait?

C'est curieux, Nina, nous parlons "une même langue différente". J'ai aussi l'immpression que nous n'avons pas le même rapport à la violence. Vous m'avez sur mon blog fait m'interroger sur ma violence verbale, enfin réthorique, (pour parler chic...) Mais votre beau récit sans un mot " à coté" est d'une violence extrême, reflet bien sûr de ce que votre récit dit.
Et je n'arrive plus à savoir si votre stratégie narrative est une stratégie ou le seul reflet d'un "inch allah " désabusé : femme = violée, c'est comme ça...
"Vl'a l'bon vent! v'la l'joli vent" qui emporterait tout...

Je n'arrive jamais, sans doute est-ce mon coté immature, à dissocier le constat de la mesure à prendre...

Stimulus-réponse, ce serait un truc de mec ?

Amical-mement !

Nina Louve a dit...

Eh Bin PP... Laissez-moi me servir un verre d'Hakutsuru bien chaud et je vous reviens. Après tout, c'est vous qui m'avez donné envie du sake.

Nina Louve a dit...

P.P le moqueur: Stimulus-réponse efficace ! Vous gagnez, cher mâle.

Premièrement, celle qui avait été épargnée, personne ne l'a crue. Sais flairer les indices et trouver qu’il sent pas bon le mal-être. Elle vit avec un mari violent qui hurle jusqu’aux chemins et frappe aussi les enfants. Mme fait "la chose" par obligation, le vendredi à 20hrs et doit demander la permission -un mois d'avance- en tremblant que se soit non pour aller manger avec des filles ! Je ne la vois plus. Rude. Elle avait du talent. Louve impuissante et (!) pas missionnaire pour deux sous. De la compassion ? Bin oui, pas longtemps. La vie est longue mais le temps passe vite. J’ai faim d’émerveillement pas de bads trips mélodramatiques.

Voilà pourquoi on ne sent pas de hargne ici. C’est une piste pour réfléchir un brin, pas pour punir. La stratégie c’était de faire monter allegro la tension sans insister sur le drame. Avec les frelons par exemple.

"Vl'a l'bon vent! v'la l'joli vent" ou "inch allah " …
On fait de sa vie ce qu’on veut. De l’amer qui enlaidit jusqu'à débecter les princes ou, par bonheur on est capable d’une étrange résilience. Force Foi Fougue ! C’est une chanson que j’aime faire tourner, le jour, la nuit itou…

Oui, nous parlons "une même langue différente". C’est pourquoi j’ai squatté sur votre blogue, les mains nues, la parole ouverte. J’sais pas qui vous nourri mais j’aime ce que vous digérez dear PP.

Maintenant, puisque c’est 1 h du mat che-vous, dormez bien.

P. P. Lemoqeur a dit...

Vous aussi amie-louve !

Nina Louve a dit...

Moi je veille lalalala!!!!

P. P. Lemoqeur a dit...

Je suis idiot, pour vous la soirée commence... Le-Haïm ! A la votre... Prosit etc...

Nina Louve a dit...

PP: On dirait que vous veillez aussi.

Nina Louve a dit...

Chris: Qui se méfie ouain... ou du facteur qui repasse toujours plus que deux fois.

Mais, ne l'effrayez pas avec trop de peur dans la prudence votre enfant. Il faut qu'elle puisse aimer bien les hommes, quand elle sera vraie femme.


El Greco: Seul l'amour de soi (vaincra) du moins c'est essentiel, pour commencer.

GMC: le grand silence, tout à fait.

Delphinium: Le pardon ? Oui. Indicible ou innomable parfois. Pas ordinaire. Juste
assez. (sourires)

P. P. Lemoqeur a dit...

Ode à Nina pour qu'elle revienne,
à la manière de Monsieur de Malherbe !
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Quoi que l'on dise et quoi qu'on fasse
Nina la Louve est bien faignasse
Bientôt quinze jours de silence
Nina se fait prier, je pense !
Faudra-t-il se mettre à genoux ?
Dans la neige des Laurentides
Pour la ramener vers chez nous.
Faut-il la supplier, livides
Amoureux, transi et furieux
Nina la Louve, elle ? Elle s'en fout.
Elle doit me trouver bien curieux De chercher, fou parmi les fous ...
Alors que souvent elle m'agace
Et que je l'énerve en retour
Nina la Louve est bien fugace
C'est pour ça qu'après elle, on courre !

Nina louVe a dit...

PP drôle et moqueur: Mais c'est que vous ne faites pas bouger vos grands doigts. Je vous signale que depuis Sept à Table, 7 posts furent lancés ici. Qu'en plus, j'ai ouvert un passage secret ôsé-salé-ôlé. Que font-ils vos doigts ? Ils cliquent sur le lien chez Orlando ? Celui-i, je ne lui ai mentionné est resté coincé à ce texte. Voilà pourquoi vous vous retrouvez ici à Sept à Table chaque fois. PP!! PP!! Puis-je riiirrrre ?

Allez hop ! Copiez-colez, je vous aide un brin: http://louvainlaneuve.blogspot.com/

Pour ce qui est de mon blogue salace cachette , vous devrez travailler PP!!! Vlan! On ne peut tout de même pas les nourrir à l'écuelle ces bons toutous.

P. P. Lemoqeur a dit...

Moi, je suis très basique ! J'ai jamais joué à cache-tampon et puis c'est vrai faut tout me donner tout cuit dans le bec !

Bon je vais faire un effort

Bises

Nina louVe a dit...

PP: C'est quoi cache-tampon ?

Et puis en passant, j'en profite moi aussi pour japouinner un brin . OuarF! GrRr!

Je vous cite PP

"Ce soir je lis dans une revue en ligne une critique très favorable d'une pièce pour quatuor de saxophones que j'ai écrite il y a quelques six ou huit mois."

C'est qu'y va nous faire languir. C'est où cette musique PP ?