JOURNAL D'ÉMOIS

mercredi 19 décembre 2007

La Pomme la Queue et le Pourquoi




Bon. Un trognon de pomme c’est biodégradable. Je me suis dit, pourquoi pas le jeter au chemin ? J’ouvre la porte et vlan ! Dehors le cœur ! Au diable les pépins. Dans la rue la queue. Fini, on n’en parle plus. Ni vu ni connu. Mais non… Sur ma petite rue tranquille oubliée du reste du village, cet après-midi là, à cette heure précise, une femme passait justement devant ma maison. Paf ! Le cœur en pleine face. « Oh ! Madame ! Désolée. Ça va ? Oh ! Je suis vraiment navrée. Excusez-moi. » S’en suit le fou rire général de mes amis témoins de ce curieux petit hasard, qu’une pomme et qu’une femme se rencontrent devant chez moi. La pauvre petite madame était sonnée par la surprise mais pas blessée. Drôle à en générer d’agréables crampes dans le ventre. Une rue où personne ne passe jamais ! Bang ! En un instant, l’impact d’un souvenir qui a mené à un loisir des plus plaisant…

Il m’arrive de toute la manger la pomme. Même si… quand j’étais enfant, mon espèce de taquin de grand-père me racontait qu’il me pousserait un pommier dans le ventre. Je l’ai cru. J’aimais tellement l’idée que je puisse fabriquer un arbre que je faisais exprès d’en avaler le plus souvent possible. Je comptais les jours. « Un vrai pommier ? Dans combien de temps grand-papa ? Est-ce que le pommier a commencé à pousser maintenant ? Est-ce que je dois l’arroser avec un verre d’eau ? » La plaisanterie a bien duré parce que j’y prenais plaisir. C’est lorsque je me suis mise à aimer les pêches qu’on m’a ôté cette légende familiale de la tête. Du pépin au noyau je risquais d’éprouver quelques difficultés à faire passer l’histoire plus loin que la langue.

J’ai tout de même continué à manger tout le fruit, à croquer les pépins et à déchiqueter le cœur sous mes crocs amusés. Sauf la queue ! Ça c’était clair, mes aïeuls me l’avait formellement interdit. Indigeste, poison, niet pas question c’était non. Et même après tous les pourquoi du monde je recevais la même réponse. Chaque fois.

-Pourquoi ?
-Parce que.
-Pourquoi parce que ?
-Parce que.
-Parce que quoi ? Parce que moi je veux savoir parce que quoi ?
-Parce que (!) on ne mange pas la queue. Une queue ça ne se mange pas mon enfant.
Mange ta pomme et tais-toi. Arrête avec tes pourquoi. Non et c’est tout. Voilà.
-Pourquoi c’est tout ?
-Parce que, c’est comme ça. Une queue c’est dur et on ne peut pas la croquer ni l’avaler.

Il faut faire attention aux histoires qu’on met dans la tête des enfants. On ne sait jamais... l’impact qu’auront celles-ci dans leur vie d’adulte. Sauf la queue. Sauf la queue. Devant la queue défendue de ce fruit délicieux est-ce que je ne risquais pas d’enregistrer un interdit ? Danger.

Parce que… mère-grand et compagnie, les aimant beaucoup, je croyais bon de ne pas les décevoir. Puisque tous les pourquoi du monde entier n’avaient en rien changé leur réponse, sage et docile, j’avais inscrit dans mon code d’obéissance Sauf la queue. Ancrée solidement cette phrase-là ferait son petit bonhomme de chemin dans mon esprit.

J’étais tellement dévouée à leur plaire, que je ne me souviens pas d’une seule fois où j’ai osé goûter la queue.

Ah ! Oui… C’est vrai. Zut. Oui. Bon. Je me rappelle maintenant. Elle était gorgée de jus celle-là. Juste à la regarder je le savais. La plus grosse de l’automne. Appétissante. À moi, à moi toute seule. De mes deux mains, je l’avais glissé doucement sur ma cuisse pour qu’elle soit encore plus belle. C’est un rituel que je n’oubliais jamais. Il fallait préparer le fruit. C’est comme ça qu’on m’avait montré. Chaque centimètre avait droit à une attention particulière.

Une fois bien lustré on avait le droit de le manger et de faire tous les mhumm qu’on voulait.

À force de le regarder, de le trouver si joli et de savoir que je le mangerais, l’irrésistible besoin d’ignorer l’interdit me tourmentait. Sauf la queue. Sauf la queue ! Mince ! Pourquoi ? Une grève à l’obéissance se préparait. Doucement j’analysais. J’étudiais la forme que prenait le fruit sous mes yeux à mesure que je le croquais, commençant par la peau. Faisant tourner le délicieux devant ma bouche contente. Pourquoi pas ?

J’avais mangé toute la chair. Ce n’était plus une pomme tendre et juteuse mais un cœur offert que je tenais entre deux petits doigts. Sauf la queue… La lutte entre le oui tout volontaire et le non forcé. Le doute… est-ce que c’est bien, est-ce que c’est si mal ? Après tout, qui va le savoir ? Le questionnement fabriquait la peur de me faire prendre. Mais l'irrésistible appétit en moi disait : Vas-y, tu peux. Prend-la toute ! Mange la queue. Mange-la.

Avec la tentation de n’en faire qu’à ma tête le désir immense avait gagné. Oui. J’ai trahi ma famille. J’ai fermé mes lèvres dessus et l’ai... léché. Oh ! Une demie fois, un instant fugace, un centième de seconde. Ça ne compte pas. Ou… si peu ?

Ce n’était pas un péché finalement. Et puis, personne n’aura su… C’est… mon secret.

Devant la queue défendue de ce fruit délicieux j’ai dit pourquoi pas. Je crois que l’interdit est tombé là. À la seconde où j’ai osé la mettre dans ma bouche. Pour la première fois, je décidais. Je venais de comprendre le pouvoir de choisir. Je réalisais qu’à tous ces ne fais pas si ne fais pas ça qu’à tous ces non et ces parce que sans réponse précise, il fallait que j’invente mon plaisir. Une queue c’est dur et on ne peut pas la croquer ni l’avaler. Pourquoi pas ?

18 commentaires:

Chris Vic a dit...

Ah ya toujours la tentation d'y mettre un bon coup de dent, pour voir. Les fauves ont toujours l'instinct des fauves et la dent curieuse. Mais normalement , ça ne se croque ni se craque: puisqu'y a pas d'os dedans!

Bzé de coquine :)

magwann a dit...

sourire amusé et coquin sur cette délicieuse note ;-)

carOlinade a dit...

miam... billet suggestif, beaux souvenirs qui font remonter les miens. Braveuse d'interdits délicieux... savoureuse de mots... Le pouvoir de choisir oui :)
Au fait, la photo, c'est un montage ? Y'a un coeur sur ta pomme ;)

Tristan Rêveur a dit...

Un délice défendu!

gmc a dit...

une queue de pomme en forme de pont cassé?

Nina louVe a dit...

Chris : un coup de dent ? tentant mais je préfère en avoir pour tous les jouirs euh...jours !

Magwann: tu as eu droit à l'avant première. Faudra voir ce que ça donne avec l'accent français...

Carolinade : nan, pas un montage. J. MiaMor et moi se sommes amusés cet automne à photographier toutes les pommes en forme de coeur. tu reconnais ici la plante que tu m'as légué ? Coeur sur terre & coeur à l'air. (sourires)

Tristan Rêveur: une pomme par jour et le doccoeur se tient tranquille ?

GMC : un pont qui tient le temps par la queue

Anonyme a dit...

wide smile, dame Nina !
Marie

lubna a dit...

j'ai croqué la pomme et n'ai eu que des pépins !
je vous embrasse dame Hurlante

carOlinade a dit...

Géniale cette vraie de vraie pomme dans le trèfle chinois récupéré ;) tout content d'être chez toi...
mon amiiiiiiiiiiiie...
on essaie de se parler pour noël ?

xxx

Lubna a dit...

garde moi une part de ton Birthday's cake dame hurlante, je voudrais souffler les bougies avec toi today, plutôt deux fois que lacune :o)) have a nice lovely day !

Tyrane a dit...

Et qu'est ce qui pourrait pousser au fond du ventre si on croquait la queue ? ;-))

lam a dit...

a little bite transparent youur conte ; well i give up and I wish you a merry breakfast and best ouishises fort le kommingde jahr
hic !

Loup a dit...

La poésie me fait souvent bandé au sens figuré, là, tu y as ajouté le sens propre... ;-)

Katy- a dit...

Parce queue on t'a dit !
;)

Melo a dit...

Quand on parle de La LOUVE ...
on voit le bout de sa queue.

Plaiethore a dit...

Une bien croquante histoire de queue... Des pommes dans mon fruitier et elles m'ont l'air assez narquois :)

Et puis vous savez quoi Dame Louve, ce soir je passe la dernière soirée de l'année sur un bâteau de pirates.
Ma table jouxtera (sous mes ordres intempestifs adressés au capitaine de l'embarcation) celles d'une parait-il très joyeuse clique de canadiens.

C'est-t-y pas de la veine de flibustier ça !

Beaucoup de pensées s'envoleront vers vous ce soir, cela j'y crois dur comme fer de lance.

Vous embrasse.

Tifenn a dit...

J'ai arrêté de te lire un peu comme j'ai arrêté la clarinette: bêtement. Mais rien n'est perdu, tout est là, plus que jamais...pardon et bonne nouvelle année, avec toute les pommes du Paradis, celles que tu vas cueillir, c'est sûr.

Zee DeVoSS a dit...

Comme c'est facile de tout mettre sur le dos des autres, Nina! ;) C'est sûr, cela ne te serait jamais venu à la... à l'esprit sinon! ;p