JOURNAL D'ÉMOIS

dimanche 25 février 2007

Le PACTE d'affaires




Ma carrière a débuté en 1984. Un certain jeudi. Voilà donc plus d’une dizaine d'années. Bon. Le temps passe. La première fois… que j'ai fait le coup, nous étions trois, cachés dans le vaste sous-sol d'un immense immeuble à deux penthouses. Seuls les gens très riches l'habitaient. Nous le savions. Mais ce n'est pas cela qui nous effrayait. Oh ! Pas du tout ! Nous étions riches aussi. Chacun de nous trois possédions de quoi faire rêver toutes les filles des écoles publiques.

Le père de Nick, ce grand gaillard blond qui posait toujours trop de questions en classe, était président… d'une compagnie d'assurances ... vie, si je me souviens bien. Drôle tout de même !

Tant qu'aux parents de Zef, qui collait ses gommes sous les pupitres et qui était souvent malade pour tous les cours de gym, ils… élevaient des animaux dans une boutique pour ensuite les revendre aux petits enfants solitaires et aux vieillards torturés par l'ennui. Tant qu'à moi si ça vous intéresse, j'avais sur le nez les barniques d'un premier de classe. Difficile d'être second, mes parents à moi, ils étaient professeurs.

Donc, la veille de ce jeudi, dans ma grande chambre remplie de livres, j'avais tout manigancé tel un stratège de premier ordre. Pour un petit rondouillard coincé dans la crise d'adolescence, je me débrouillais pas mal avec ma matière grise. Pour moi, il était question de regagner l'amitié de Nick et de Zef. Il fallait leur en mettre plein la vue. Des divergences d’opinions avaient muté nos rires incontrôlables en un surprenant mutisme. Surprenant, du moins, pour les gens qui ignorait notre querelle.


Le lendemain donc, en sortant de classe à l'heure du dîner, d'un coup de tête et d'un clin d’œil j'avais attiré leur attention sur mon plan machiavélique. Je savais que je regagnerais leur estime si mon projet les intéressait. Effectivement, ils ont marché.


Nous nous sommes donnés les consignes nécessaires au bon fonctionnement de nos affaires, avons choisi le lieu et l'heure. Nous n'avions pas envie d'attendre et un seul endroit nous intéressait : ce garage. Le projet fut appelé pacte de réconciliation. Puisque Zef avait causé la courte séparation de notre clan amical, il avait été normal qu’il légalise, par ce titre, la fin de ce calvaire.

Par cette initiation, chacun de nous prouverait sa bravoure. Chacun de nous prouverait qu'il ne craint l'interdit, pas même sous la menace de la mort ! Ces coups fumants que nous allions répéter, au risque de notre liberté, nous en étions fiers.

Après nous être tous les trois serrés les mains… dans les poches, nous sommes allés vers notre destinée organisée. Mon plan fonctionnait, les deux grands naïfs volontaires me suivaient, jusqu'au bout.


Les rires de retour…C’était bon signe ! On était bons pour quelques farces encore.

Nous avons longé, oh ! je me rappelle parfaitement, la rue des Saules Pleureurs, par laquelle il était impossible de se faire remarquer. Trop d’arbres, trop de bourgeois vautours partis se pavaner à cette heure-là. Puis, nous avons marché vers la droite. Plein Ouest ! Et enfin, là, enfin nous faisions face à l’immeuble en question. Nous nous sommes cachées derrière une colonne de béton pour attendre que quelqu’un qui sortirait, nous ouvre le passage, immuable sans la clé. Un bon quinze minutes a passé. Interminable ! Long ! Long comme un cour de physique séquentielle avec la vieille Madame Petlevska. Beurk ! De l’algèbre jusque dans les rides elle avait la méchante.

Finalement ! Une femme dans la trentaine a actionné le mécanisme, et, la porte immense de ce garage s’est ouverte. Sans se demander si nous en ressortirions indemnes, nous avons couru à l’intérieur avant qu’elle ne se referme.

C’était magnifique, obscur, mystérieux.
Nous avions le choix. Ce n’est pas la place qui manquait.
Initiateur de ce grand projet, je pointai direction sombre.
Ils me suivaient toujours !



À leur place, j’aurais fait de même, puisque… c’est moi qui portais les armes.

Nous sommes allés dans le coin le plus noir de ce garage, tout au fond. Là, se tenait bien à plat sur le sol bétonné, la plus belle cachette imaginable. Accroupis derrière cette masse de métal à quatre roues, je retins ma toux scandaleuse. Quelqu’un pourrait nous entendre ! Et là ! Je n’ose imaginer la suite.

Nick montait la garde pendant que Zef et moi tournions du blanc au vert.
Puis, Zef en eut assez et il relaya Nick avec plaisir.

Une fois la « mission » accomplie, nous avons cherché à sortir de la même façon dont nous étions entrés : Furtivement et prudemment.



Le soleil eut tôt fait de nous remettre d’aplomb. Il nous restait dix minutes : pour nous rendre au collège, nous débarrasser de notre doute et nous laver les mains. Si nous portions un soupçon d’odeur de crime… Nous étions fait pour les vacances !

Adieu les plages et les belles filles ! Adieu le cinéma et les parties de base-ball avec les copains. Confinés à tondre le gazon et à sortir les ordures !

D’ailleurs, quand j’y repense, c’était le DANGER de le faire que nous aimions tant et non pas le simple fait de le faire. Tenir dans nos mains puissantes l’arme, faisait travailler tous nos zygomatiques.

Ce petit jeu continua jusqu’à la fin des classes. Chaque midi, pour commencer. Puis… de plus en plus souvent. Au début, Zef Nick et moi partagions le butin sans calculer. Mais, étrangement, nous sommes devenus insupportablement avides et mesquins face à la chose.

Nous ne pourrions plus exercer notre vice collectivement.
Chacun pour soi serait bien mieux.
Nous en sommes convenus tous ensemble.

Toutes ces années… Comme c’est trop. Je regrette sans regretter. Hier, je veux dire par là jadis, j’avais du plaisir à le faire. Maintenant que c’est devenu obsessif, machinal, je n’sais plus…

Pourquoi est-ce que je continue ? La question n’a pas de réponse.

Depuis que je n’ai plus en m’en cacher autant, je ne trouve pas cela aussi drôle. Je serais curieux de savoir si Zef et Nick jubilent encore devant ces saletés !? Chose certaine, aucun de nous trois n’oublierons pourquoi ni comment nous avons commencé. C’était bien d’agir contre les règles !

Je suis mon propre meurtrier, mon propre vandale :
la cigarette empoisonne
je le sais.
Et, j’aime fumer.











8 commentaires:

Téméraire V5.0 a dit...

Très belle Histoire, beaucoup de suspens avec une fin inattendue. Je m'attendais à un "crime" plus grave.
C'est rigolo ce qu'on pouvait prendre de risques à l'Adolescence.

Titif a dit...

Crime fumant cher téméraire :)
Au début c'est un défi, ensuite un plaisir et à la fin c'est un crime comme tu le dis si bien chère nina !

alo a dit...

du vent de la fumée oui ! de la cramoisie combustion aux poumons moi qui clope plus mais qui me suis débronchisé les cordes vocale mes poils de nez se tordent d'aise de ne plus respirer que les paquerettes ,

Nina louVe a dit...

(toux)!! (toux) !!

(sourrrirress)

merci de votre passage !!

le rimailleur a dit...

Très bon , la chute...:-)
Et auusi le début : "Ma carrière a débuté en 1984. Un certain Jeudi.".Sècherese du souvenir.
Le milieu n'est pas mal non plus :"Ils… élevaient des animaux dans une boutique pour ensuite les revendre aux petits enfants solitaires et aux vieillards torturés par l'ennui."

Nina louVe a dit...

Rimailleur: comme je l,ai dit à Chris et à K, ne comprends rien à ces cela : ":-)"

mais, j'imagine que c'est un calcul de zigomatiques, de droite à haut.

le rimailleur a dit...

"calcul de zigomatiques, de droite à haut "!!
:-))..c'est tout à fait ça

Nina louVe a dit...

Rimailleur : bon, Nina ira prendre des leçons de parenthèses points virgules barre oblique etc et payera... avec de vrais sourires.

Zigomatiques, de gauche à contente !!