JOURNAL D'ÉMOIS

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mardi 23 septembre 2025

L'Histoire du loup qui cherche sa Montagne- pour Boris, mon Ti-Wolf

Il était une fois, il y a de cela des années… Oh ! Plus que ce que tu as vécu jusqu’ici. Plus longtemps que toutes les quatre saisons que tu as vu, senti. Loiiiiinnnn dans le temps. Il était une fois : Un loup

Et je vois le sourire sourire de mon fils, il aime tellement les loups. Il tire les couvertures sur son cou et ouvre la bouche pour feindre la peur. Il sait que je l’emmène en forêt. C’est la centième fois ce soir que je sors la clarinette et que je jouerai les échos de la Boréale. Forêt forte, remplie d’animaux, Et, je devrai les nommer, un à un, usant des Do Ré, Fa, Sol, Mi, -en ordre- car l’enfant connaît cette histoire par cœur dans son cœur. Le Hibou-choux avec les doigts sur toutes les touches. Gros son grave. L’Écureuil poilu : en fausses notes précises, le Lapin-lièvre aux oreilles penchées qui clapit, l’Orignal original que… l’instrument tarde (volontairement) à faire parler (Suspense oblige). Tous aideront le loup solitaire dans sa quête.) L’histoire vraie …du loup très curieux. Tout petit, tellement vivant, il se promenait dans la forêt, cherchant d’où venaient les sons, fouinant les odeurs, flairant dans le sol avec son grand museau, pistant les indices laissés sur les arbres.

La meute au grand complet devait le rappeler chaque fois. Mais, cher enfant, la curiosité n’est pas une chose qu’on peut dompter ! Elle était dans le bébé loup comme des milliers de vents se rencontrant.
Force, Foi, éclairs de fougue, intuition, flair. Si bien qu’un jour il est parti tellement loin que la meute eut beau hurler pendant des jours et des nuits, des lunes et puis des pluies… notre loup n’entendait plus. Il eut le temps de prendre un pelage de grand ; muer, grandir. 

Et, enfin… un jour, sa meute lui manqua un peu. Il se mit à chercher la montagne d’où il venait. AH Da Da ! Plus de montagne ! Disparues : la meute, la forêt, la rivière… 

La belle bouche de mon enfant se ferme. Il serre les dents. 

 Boris s’assied et veut m’interrompre avec tout plein de ''pourquoi''… 

Je fait chut… et un sourire, le prévient que la fin est douce, de ne pas s'inquiéter, douce comme mes mains qui jouent dans ses cheveux. 

Et je continue...Mangée par l’Homme avec un grand H la montagne ! La forêt est tombée, de gros tonkas jaunes géants ont déchiré le sol avec leurs becs dentelés. Les humains ont avalé la montagne toute entière ! Ils y ont mis des maisons partout, de grandes routes d’asphalte, du ciment gris… 

Silence. L’enfant aime le tragique, il veut qu’on pousse les maisons dans un trou et que le tonka tombe en panne. J’acquiesce.  

Le loup ne reconnaît plus sa montagne. Il est perdu. Il cherche. Il recherche dans les archives de sa mémoire. Il prend son temps, réfléchit. La curiosité ne lui dit pas la vérité aujourd’hui; il veut revoir hier et les siens. Sa meute lui manque, mais, oh ! il a oublié l’odeur et la couleur des siens. 

Les yeux de mon Ti-Woolf à moi, s’ouvrent tout grands, mon petit amour n’aime pas la vraie peur. Mon si bel enfant veut que j’appelle l’Orignal original pour faire diversion.

Je prépare mes lèvres et la clarinette couine. 

Non maman, pas comme ça ! D’habitude, l’orinalg il attend. Fais aussi le nidbou… 

Décrochage. La clarinette est trempée et je ne sais plus où j’en suis avec le loup.

Jamais écrite mais si souvent racontée. L’histoire d’un loup qui cherche sa montagne.

Alors, mère rouge, d’instinct, je décide qu’il faut ramener mon petit spectateur au cœur de la forêt. Dis-moi mon fils –maintenant- alors que la nuit arrive si bien dans ta chambre, que veux-tu que je fasse ? Que je te caresse ici, entre les deux sourcils, douce, doucement ? Ou… que, comme ça, je te souffle des baisers sur le visage avec ma clarinette ? 

L’enfant veut les deux –en même temps- et il rigole car il sait très bien que mes mains ne sont que deux. Alors je joue la musique triste du loup qui avance et le fait rencontrer, encore, tous les animaux qu’il connaît.

Maman, raconte-moi la fin… Oui, la fin. (…!...) 

Alors écoute et ne dis plus pourquoi pourquoi, tu veux bien ? Parce qu’À chaque pourquoi, à partir d’ici-maintenant, le loup risque de perdre son chemin et d’oublier jusqu'à son nom. Tu comprends ? Le risque est grand ! Alors il faut prendre une grande décision, choisis. 

Il acquiesce par son silence attentif. Je sourie. La magie opère. (Je suis rusée.)

Le loup, après plusieurs pleines lunes continuait toujours sa quête. 

-Qu’est-ce qu’une quête ? 
-C’est quand… on cherche inlassablement, qu’on ne peut plus s’arrêter, que c’est urgent même si ça prend du temps. 

Et, la caresse de ma voix si douce fit naître un nouveau sourire sur les lèvres de mon si bel enfant. 

Il cherchait sa montagne, sa meute lui manquait. Il marchait et plantait son museau dans l’humus, dans la terre, dans le sol; Fouillait toutes les odeurs à la recherche des siens. Parce que l’odeur, chez le loup, c’est le souvenir, la mémoire. C’est comme ça (!) qu’il arrive à voir leurs visages dans sa tête, lui, le loup, notre loup qui cherche sa montagne. Le hibou lui avait dit : Vas à l’Ouest, par là tu trouveras ta montagne. L’écureuil le taquinait et lui proposait le Sud. Le lapin-lièvre était certain que la meute sa meute à lui, l’attendait au Nord, le grand, le très grand Nord ! Et l’orignal, comme il prenait le temps de penser avant de parler avait réfléchit. Il était certain que le loup trouverait sa montagne en suivant la rivière, vers l’Est. Alors le loup, d’instinct, parce que l’orignal lui semblait un animal sérieux, était allé à l’Est jusqu’à trouver une toute petite rivière. Oh ! Si petite, si minuscule qu’on ne pouvait encore l’appeler ainsi. Larme, rigole, puis ruisseau il l’avait suivie. Puis… un jour que le printemps commençait à dire : « Oui j’arrive ! J’arrive enfin! » Le loup eut une belle surprise.

De l’autre côté de la rive, il perçut des pas sur les feuilles mouillées. Il entendit des craquements de branches tombées pendant l’hiver. Avec ce bruit comme unique piste, il longea la rivière, devenue large. Si large que pour la traverser, on ne pouvait aller nager. Il renifla puissamment en se gonflant le ventre, en quête d’un vrai souvenir. Pour se donner de la force et du courage, il se mit à hurler. Comme ça. Et, comme ça. Et encore il hurla, hurla ! Comme ça.

La clarinette reposée, le silence entra dans la chambre de mon fils. Il ne dormait pas. Il voulait plus. Il s’assit, comme pour m’ordonner de continuer. 

Matriarcale docile j’obéis sur le champ. Il replongea sa tête sur la chaleur de son oreiller.

… Il marcha et hurla encore de temps en temps. Le jour finit par devenir soirée. La lune était ronde, oranger, grosse, pleine. Belle comme celui qui se tenait derrière elle : Le Soleil ! Son albédo : sa lumière, son reflet signait la berge de cette –autre- forêt menacée dans laquelle il se trouvait. Le loup entendit le miroir de ses cris : l’écho. Puis… plus que l’écho… L’appel de l’autre ! 

-Quel autre maman maman mamie ? Un autre loup ? 

-Oui, chéri. Enfin sa quête s’achevait. Notre loup reconnu l’appel de SA meute, là, de l’autre côté de la rivière. Mais… je te l’ai dit, on ne pouvait la traverser à pied. Trop large, trop profonde, trop pleine de courants incertains et de veines qu’imposaient les roches couchées tout au fond. 

-Mais maman,maman!! ? 

-Oui. Ne crains pas. Notre loup n’abandonne pas. Il est aussi fort que moi qui t’enseigne à vivre. Non, notre loup n’abandonne pas. 

Le voilà! Le voilà près du rivage. Il avance. Il marche vite. Il devient tout plein d’un nouveau courage. D’une nouvelle force. Son espoir est enfin nourrit. Il hurle à nouveau. Il hurle et attend de l’autre, la meute, la sienne qu’elle lui réponde encore. Tout à coup, de l’autre côté, il voit. Pas dans ses souvenances ! Pas dans ses songes, il voit pour VRAI une louve de son enfance. Il la reconnaît par son oreille déchirée, par ses yeux vairons : un œil brun, un œil bleu. 

Ils se suivent tous les deux, chacun de leur côté de la large rivière. Pendant des jours, ils cherchent ensemble un endroit où la rivière les laissera traverser. 

Et enfin, parce que leur pattes souffraient de ne cesser d’avancer, ils arrivèrent au miracle. L’union. Une arbre centenaire là, couché de travers dans la rivière. Majestueux, énorme ! L’arbre en mourant dans un orage, s’était transformé en pont : l’union possible, le miracle.

Mon enfant dormait. La chair de ma chair continuait sa propre histoire.

Je ne lui aurais pas dit que le reste de la meute l’avait renié à son retour. Soumis, battu. Chassé. Répudié, chassé hors territoire parce qu’il portait l’odeur de l’errance ET de la si belle liberté. Parce qu’il ne voyait pas l’idée d’avoir un chef ! Ni celle de courber l’échine, puisqu'au lieu de ployer, chaque épreuve élèvent et rendent plus fort, plus sage. 

Force, Foi, Fougue, à tous-jours, à tous-j'aime sans mais.