JOURNAL D'ÉMOIS

lundi 6 septembre 2021

Sept à Table




Elles étaient sept à table. C’était l’automne et la pluie battait la cadence sur le toit de tôle. Tôle grise et rousse, bosselée, cornée comme un livre refermé sur le liseur. Dehors, concert rural de grillons mâles, en fa majeur ! Opus étrange de brume mouillée. Éclairs en vue. Orchestre, discordant, dissonant. Chœur affolé, criard, plaintif, discontinu. Signé et mis en scène par les geais bleus face aux félins rôdeurs sous les cèdres. Insectes mourants dans la lumière d’une lampe à l’huile. Moustiques, cigales, énormes frelons. Douleur. Piqûre qui perdure. Tonnerre qui jase. Tonnerre qui, brute, interrompt la science du silence. Même les animaux iraient se cacher.

Même le souper de fête se débaptiserait de son titre d’amuseur. Sept femmes, assises debout dansant faisant ces grands gestes de joie.
Armées de fourchettes, dégorgées des devoirs, bien, à l’abri de ce déluge automnal.

À chaque bourrasque, un très vieux chêne racoleur frôlait comme intrus la vitre du salon. Ça les amusait d’imaginer qu’un revenant les espionnait pendant qu’elles découpaient l’animal dans l’assiette. La nuit s’en venait leur dire des secrets catastrophe. L’indicible parlerait. Mais ça, elles ne le savaient pas. Ni déjà ni encore…

Sept belles assises jouant à trinquer.
Brindar ! Şerefe! AUF Ihre Gesundheit!! Santé !

Pourtant, je vous assure, il n’y avait pas plus vrai que leurs sourires.

Qui est le monstre ? L’oubli ou le si lent souvenir

Un simple rendez-vous gastronomique, affectueux, où délices de dire s’emmêlent avec les sucs salés des viandes rôties. Elles saignent encore ! Du vin pour toutes. De l’eau dehors de l’eau dedans. Une pluie, un orage, une montagne sous néon ciel.

Sept femmes armées, aimées, aimantes, jolies mères, ex-filles, là, ensemble, réunies par l’amitié, vivantes et vraies.

À table dit l’hôte ! Passons joyeusement aux aveux. Puisque nous avons mangé toute la viande et les fromages. Qu’il reste le dessert.

Un café, un thé ? Bon. Puisqu’il faut se connaître plus et que les bouches sont pleines. Puisque de ce cas, de ce sujet grave nous n’avons jamais discuté… Toi M, parle la première. Moi ? (silence) Euh… Oui. Quoi !!!! Non. Pas ça. Pas ça pour toi. C’est horrible ! Qui !? Toi… aussi ? Toi ? Toi ? Toi!!?? T..oi ? Une seule, juste –une- de ces femmes à table n’avait jamais été violée par un proche durant son enfance mais toutes savions qu'elle mentait.

12 commentaires:

Titif a dit...

Expérience qui rassemble, tristesse qui unit.
"La seule qui ne..." est-elle là pour soutenir ?

Nina louVe a dit...

Salamoualay koum Dame Titif

vois ce que j'avais répondu à PP la première fois que j'avais proposé la lecture de Sept à Table.
30 décembre 2006, libellé Rèche Roc

La seule ?... chère, il n'y en avait pas. 7 sur 7 finalement.

naâm ana bikhair, ibtissama

Téméraire a dit...

Salam yé Nina,
Toujours a nous prendre au dépourvus avec une fin inattendue.
Est-ce de la fiction ou c'est réel?

Nina louVe a dit...

Téméraire: Laissons la fiction remuer la vie et le réel faire de grands sourires à celle-ci.

Anonyme a dit...

Nina
Je t'envoie un petit mot...enfin. Bravo! J'y étais la morçure des moustiques en moins. Ça me repelle des lointains souvenirs. J'ai adoré ''dégorgées de devoirs'', c'est tellement vrai.
Mély de Juin

BYE BYE

P. P. Lemoqeur a dit...

Et bien Louve d'amour, on recycle ?
Pas grave ! ça doit hélas rester d'actualité...
Bises

Nina louVe a dit...

P.P.
Bin... comme vous êtes resté 15 jours sur ce texte, me suis dit que se serait une bonne façon de vous ramener (rires)

Hé oui, pour le 8 mars, un recyclage.

Mély Juin : Oui oui je sais, les moustiques et les frelons, des sons et des morsures allégoriques.

P. P. Lemoqeur a dit...

Pour ce qui est du potlach, je ne vousdemandais pas ce que c'est mais le rapport avec votre écrit.

Le Potlach, je sais un peu ce que c'est étant très proche ( ami d'enfance ) de la spécialiste de la chose, l'antropologue Marie Mauzé, auteur d'un livre qui fait en la matière référence : "Les fils de Wakaï-Une histoire des Indiens Lekwiltoq ( éditions "erc" 1992). Sa définition du potlach est un peu, et c'est normal, moins simple...
On en reparlera...

Nina louVe a dit...
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit...

Alors je fais partie des assidus puisque je l'avais déjà lu et commenté...

Vu hier justement un extrait d'émission où un violeur minimisait son crime, l'air de dire "elle s'en remettra ce n'est pas si grave". La mère d'une jeune victime lui a presque volé dans les plumes en direct tant elle était en colère et indignée que l'on dénit la blessure dans la chair de son enfant parce qu'on estime qu'on a "payé son crime".

Le viol pose de nombreux problèmes, et tous sont si sensibles qu'il est bien difficile de garder la tête froide.

Bises Nina, je suis très peu sur les blogs ces temps-ci.

Anonyme a dit...

Bonjour Nina
Non, 6 femmes sur sept ne sont pas violées dans la réalité. Oui, un femme sur I million, serait une de trop.
Avec un peu de retard, bonne fête à toutes les femmes et tous les hommes de la planète - et puissent les abuseurs et -seuses de toute engeance la passer derrière les barreaux !

Anonyme a dit...

Je me sens toujours un peu déroutée et embarrassée quand on parle de viol. Pour avoir été bénévole dans une association pour femmes, j’en ai connu et vu des femmes violées dans mon pays d’origine. Ce sont des petites filles que l’on ramène des campagnes pour travailler comme des bonnes dans les grandes villes. Elles ont souvent moins que 12 ans. Ces filles sont très mal payées et souvent mal traitées. Le pire est qu’elles se font souvent violées par le maître de la maison et ces fils lorsqu’il en a. Les maîtresses des maisons au mieux ferment les yeux, ou au pire accusent la fille d’être une allumeuse et la mettent dehors ….
Pourquoi je me sens embarrassée quand j’en parle ? Parce que dans ce contexte là, ce n’est pas le crime d’un violeur. C’est un crime collectif auquel toute une société participe.
Les quelques femmes que j’ai rencontrées et qui m’ont parlé ouvertement, avaient toujours l’air de penser que les viols qu’elles ont subi étaient méritées. Elles se sentaient pour la plupart coupables et venaient nous rencontrer juste pour avoir de l’aide pour trouver du travail et s’en sortir… Rares sont celles qui étaient convaincues d’être des victimes !!
Heureusement, nous avons de plus en plus pris conscience de ce phénomène et de ces conséquences et il en résulte une plus grande mobilisation de plusieurs organismes… Malheureusement, la cause principale de cette situation est la pauvreté, et je n’ai pas besoin de vous dire que de ce côté là c’est de mal en pire.